Il fait froid. Enfin froid plutôt. Et dire qu'il y en a encore qui croient réellement qu'on ne détériore pas le climat. Sans remonter aux années 50, je crois qu'il n'y a que 5 ou 10 ans, les saisons étaient lisibles et respectées.
C'est rassurant qu'il fasse enfin froid, car pas de froid en octobre, en novembre, ni en décembre, ça en finit par être inquiétant. C'est comme si les enfants devenaient tout à coup silencieux, comme si les gens recevaient soudain la capacité de ne parler qu'à bon escient, comme si subitement la société ne faisait plus attention à l'apparence, comme si du jour au lendemain les gens arrêtaient de fêter les anniversaires et de fêter tout court, comme si d'un coup les gens arrêtaient de se ressembler, bref que des choses utopiques et qui seraient pourtant si géniales.
Oh oui... si seulement l'hiver pouvait se dérouler en entier sans froid, alors peut-être que je commencerais à parfois sourire sans raison, à ressentir plus qu'une fois par an des frissons d'agréabilité, et sans doute encore plein de choses dont je n'ai pas idée puisqu'elles ne m'arrivent pas.
Alors finalement oui, continuez de dérégler le climat. Et vive les Américains.
[Décembre 06]
18.2.09
Old words
Pourquoi j'habite dans le même appart que des personnes hystériques, bavardes et attardées ? Pourquoi j'ai un problème de dos alors que j'ai 23 ans ? Pourquoi le lustre entier a disjoncté quand j'ai allumé tout à l'heure ? Pourquoi je ne touche que 60% du revenu moyen national alors que je fais partie des 3% les plus intelligents ? Pourquoi ça fera bientôt un mois que je traîne cette toux à la noix ? Pourquoi suis-je atteint d'un mal de tête en arrière plan depuis le double ? Et d'une manière générale pourquoi j'ai l'impression de ne pas avoir un organisme mieux en point que le petit vieux moyen de 70 ans ? Pourquoi les gens ne comprennent généralement pas que parler, parler, parler, au delà d'être nuisible, ne rime à rien, ne mène à rien ? Ou alors ils le comprennent et ne veulent aller nulle part. Mais dans ce cas, s'ils ne veulent aller nulle part, pourquoi courent-ils tous comme ça ? Pourquoi les enfants, qui ôtés de tout contexte semblent parfois de belles promesses, sont-ils obligés de passer par un système scolaire absurde et gangrené ? Pourquoi aucune perspective d'avenir ne me semble de couleur chaude ? Pourquoi ne pas remplacer tous ces "Pourquoi" par des "N'est-ce pas désespérant que" ?
Enfin voilà quoi, j'ai toutes les raisons d'être résigné à longueur de temps, temps qui s'échappe souvent je ne sais trop où d'ailleurs, et à la fois toutes et aucune de me révolter, mais je ne sais pas pourquoi, c'est toujours l'inaction qui l'emporte.
Faire quelque chose par inertie. Moi c'est vivre par inertie.
[Mars 06]
Enfin voilà quoi, j'ai toutes les raisons d'être résigné à longueur de temps, temps qui s'échappe souvent je ne sais trop où d'ailleurs, et à la fois toutes et aucune de me révolter, mais je ne sais pas pourquoi, c'est toujours l'inaction qui l'emporte.
Faire quelque chose par inertie. Moi c'est vivre par inertie.
[Mars 06]
12.2.09
22
L'autre matin j'ai le bonheur de traverser Lyon en voiture sur le coup de 8h, avec l'habituelle circulation affolante. Ajoutons la nuit qui se dissipe à peine et un peu de pluie. Je suis sur un passage un peu rapide à 2 voies, sur celle de gauche. J'aperçois une moto derrière moi et je pourrais me rabattre sur la voie de droite mais j'hésite car j'ai quantité de raisons de ne pas le faire : je suis à la limitation de vitesse, je ne suis pas sûr de la visibilité (dû aux conditions indiquées), les changements de voie sont sources de bouchons supplémentaires et je devrais me replacer sur celle-ci dans quelques centaines de mètres. On avance jusqu'au prochain feu et là l'agent de police qui était sur la moto se place à ma droite et me demande de baisser la fenêtre. Là il me demande si je suis au courant que dans le code de la route il faut se rabattre sur la voie de droite. Je commence par répondre platement que oui, en m'excusant à demi-mot, mais bien vite j'entreprends de lui fournir mes explications, que je ne peux que bredouiller lamentablement, faute d'avoir pu formuler les phrases clairement dans mon esprit avant - progrès à l'oral ou non, la timidité finit toujours par te rattraper dans les moments critiques -, explications mentionnées plus haut. Là monsieur prend la mouche et me dit qu'il va me verbaliser pour me faire mieux comprendre... Ah, ce besoin d'autorité, c'est fou tout de même. Ce besoin de s'accrocher à un règlement et un uniforme pour faire montre de sa supériorité, sans jamais tenir compte des conditions, du contexte, des êtres.
La question de la répression et de l'application des lois est épineuse et l'Homme devra encore beaucoup progresser avant de réussir à la traiter mieux que ça dans un premier temps et au mieux dans un deuxième temps. S'il y parvient jamais...
La question de la répression et de l'application des lois est épineuse et l'Homme devra encore beaucoup progresser avant de réussir à la traiter mieux que ça dans un premier temps et au mieux dans un deuxième temps. S'il y parvient jamais...
19.1.09
"L'état du monde" en vidéo
Le Ce soir ou jamais du 14 janvier, avec trois philosophes et un historien.
Avec les quelques réserves que l'on peut habituellement faire sur Onfray et l'arrivée incongrue de Paul Auster à la fin bien que pas complètement hors sujet cependant.
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/index-fr.php?page=emission&id_rubrique=515
Avec les quelques réserves que l'on peut habituellement faire sur Onfray et l'arrivée incongrue de Paul Auster à la fin bien que pas complètement hors sujet cependant.
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/index-fr.php?page=emission&id_rubrique=515
14.1.09
Excès de CO2
"Pic de pollution, réduire vitesse 20km/h, contrôles".
Ah oui ? Le jour où je recevrai une contravention "pour cause de réchauffement climatique", l'Homme aura fait un grand pas pour sauver la planète...
Ah oui ? Le jour où je recevrai une contravention "pour cause de réchauffement climatique", l'Homme aura fait un grand pas pour sauver la planète...
1.1.09
1st
En de rares occasions, comme cette semaine, je ressens de plein fouet ma différence par rapport au reste du monde en général.
Il y a quelques jours à peine j'évoquais le fait que ce que je trouve de plus intéressant, je ne peux le faire partager aux gens en général. Je ne peux sonner à la porte de mon voisin pour lui dire ma joie d'avoir réussi à remettre des mots dans l'ordre en un temps record, ni lui faire partager la beauté d'un déplacement d'une pièce d'échecs. Je pourrais aussi employer le vocabulaire que j'emploie habituellement et qui serait parfaitement incompréhensible pour 99,99% de la population.
On peut dire que les gens n'ont pas les mêmes centres d'intérêt, que cela crée toujours certaines barrières, mais quand les intérêts ne concernent que des toutes petites minorités les barrières ont tendance à devenir des gouffres. Écouter une chanson, même s'il existe quantité de musiques différentes, lire un livre, même s'il existe quantité de genres différents, regarder un film, même s'il en existe quantité de différents, cela parle à tout le monde, c'est quelque chose qui relève tout de même de l'expérience commune, et les gens peuvent communiquer, se comprendre ou essayer de comprendre, partager. Même si les gens ne lisent plus tellement.
Je peux reprendre quelques thèmes griffonnés qui s'imbriquent bien dans cette problématique de la différence.
Je voulais parler de ce mépris et de cette condescendance qui me prennent aux tripes quand je commence à entendre une conversation dans la rue ou dans les transports en commun. Entendre ces morceaux de vie des autres crée en moi ce malaise quasi immédiat, qui m'oppresse progressivement de plus en plus, au fur et à mesure que la conversation avance. Comme si j'étais confronté à quelque chose de malsain et de gênant. Rendons nous compte qu'on parle ici de la vie sous sa plus simple forme. Je sais que c'est quelque chose qui peut être complètement incompréhensible, au point même sûrement qu'on pense que je l'invente, que ce sont des histoires de pseudo écrivain.
Je voulais parler de la prise de recul. Parfois déjà évoquée mais ça revient tellement. Comment dire ça sans être immédiatement accusé de complexe de supériorité ? J'ai si souvent l'impression que les gens ne voient pas les choses de manière globale, qu'ils ne regardent pas les différents aspects d'une question. Quand je suis confronté à quelque chose je vois maintenant de plus en plus vite les différentes pièces du puzzle, les différentes implications, obtenant une vision générale assez rapidement. Je suis là en plein cœur du problème d'annoncer des choses flatteuses, ça met tout de suite mal à l'aise et on se voit même mal le dire ou le publier. C'est quand même embêtant car à un moment donné il faut bien trouver des mots pour exprimer une réalité. Et celle-ci en l'occurrence est quand même un des éléments à la source de mon profond mal être. J'avais parlé de l'exemple des personnes qui se fâchent gravement, récemment j'ai passé du temps sur le rapport entre les banques et les particuliers, je suis souvent confronté à des situations où la question de l'éducation se pose, où des développements d'activités sont discutés, j'aperçois aussi cette tendance à ne voir qu'un côté de la pièce dans les commentaires d'articles sur le net, etc.
Concrètement mon rapport à l'argent, mon rapport à l'amitié, mon rapport à la famille, mon rapport avec mes sentiments, mon rapport au corps, presque à tout finalement. Sans oublier mon rapport à la mort puisque je pensais encore il y a quelque jours que mon suicide se produira lorsque je sentirai que je n'ai plus assez d'énergie pour avancer, peut-être que ça sera vers 40 ans ou un peu plus. Même si dans ce domaine en particulier, penser est une chose...
Finissons par revenir sur cette sombre histoire du changement d'année. Comment expliquer cette joie béate d'une majorité écrasante à continuer de célébrer ce non événement annuel ? C'est là que je me dis à nouveau que les gens ont besoin de fêter, même si le prétexte est insignifiant. Fêter pour fêter. Pour se retrouver aussi sûrement. Un élément que j'ai sûrement sous-estimé ces dernières années dans le phénomène de fête. Se retrouver. Je ne devais pas encore avoir assez de recul, pour moi c'est détestable donc j'ai dû l'occulter de manière naturelle, occulter la possibilité que ça puisse être un moteur chez tant d'autres, j'étais trop enfermé dans ma vision. La prise de recul je ne l'ai pas dit tout à l'heure mais ce n'est bien sûr pas inné, ça s'acquiert avec le temps et les expériences, j'imagine. Puisque j'évoque la question de l'inné et de l'acquis, comme ça en passant j'ai l'impression que la qualité des acquisitions dépend pour une part non négligeable de la qualité de l'inné. Certaines qualités, dont l'intelligence forcément, favorisent les acquisitions, la vitesse et l'efficacité à laquelle elles sont réalisées.
Donc la nouvelle année. Je cherche encore à comprendre. Si tant est qu'il y ait quelque chose à comprendre. Fêtons-nous Fêtent-ils l'invention du temps ? L'invention de ce découpage par l'homme. Je ne suis pas sûr que nous puissions nous en réjouir. Le capitalisme peut revenir sur la table. La chronométrie des vies des gens aussi. Désinventons le temps. Oui doux rêve, évidemment. Mais pendant quelques secondes quelques instants. Le monde ne se détend-il pas tout d'un coup ? Se relâcher, pas jusqu'à l'inertie mais juste pour se désétrangler.
Est-ce juste une tradition ? J'ai bien aimé les mots d'Edgar Morin l'autre soir, aujourd'hui on a peur de l'avenir, l'angoisse, l'incertitude, donc on se retourne vers le passé. Les traditions en font partie, ça pourrait être une des explications de leur force. Bon, prenons un peu de recul - encore une fois - et observons à quel point l'Homme en est en ce premier jour de 2009. Peut-on en être satisfait ? Voyons si notre grand respect historique des traditions a été satisfaisant. Ce n'est peut-être pas ce qui est à la source de nos plus grands problèmes, je l'accorde, cependant ne doit-on pas se poser les questions de ce que l'on fait ? Faire les choses par pure tradition, est-ce l'attitude d'une civilisation qui veut progresser ?
J'imagine que ce discours me pose en grand donneur de leçons. J'assume. Qui vaut-il mieux être ? Celui qui essaie de voir ce qu'il se passe et de suggérer des choses ou ceux qui hurlent Bonne aannéééééée tous les ans le 1er janvier à minuit ? Ah oui je vois déjà l'argument de l'amusement qui arrive. Je ne renie pas qu'il soit nécessaire. De toute façon on se heurte finalement sur ce point précis à une autre différence majeure, le besoin de fête. Mais j'assume tout. C'est aussi une des choses qui me fait tenir, de savoir ce que je suis et d'en être plutôt satisfait, même si je ne sais pas comment formuler cela. Parfois je me dis qu'une des rares choses positives c'est de pouvoir écrire comme ça de temps en temps.
Allons.
[Édit: la nuit porte conseil. C'est tout de même un phénomène surprenant que les vœux se poursuivent pendant les premières semaines de janvier, cela montre la force que cela a. En fait je crois que j'ai encore négligé un élément capital : les vœux c'est de l'attention portée aux autres. Comme les cadeaux. Ça n'est pas quelque chose de rationnel, c'est sentimental. Ca doit aussi être pour ça que j'y comprends rien. L'attention aux autres c'est comme se retrouver, ça me dépasse assez. Maintenant d'un point de vue plus général n'est-ce pas finalement une bonne chose qu'au moins une fois par an les gens se prêtent autant d'attention ? Il y a quelques temps j'avais dénigré le fait que ça soit imposé à telle date et une seule fois dans l'année, et je crois que quelque part j'étais dans le vrai, si la société allait bien, si elle avait assez progressé, peut-être que les gens n'auraient pas besoin qu'on leur dise quand est-ce qu'il faut prêter de l'attention aux autres, ils le feraient d'eux-mêmes régulièrement. Mais j'idéalise sûrement trop. En attendant admettons que les gens soient encore des enfants et qu'il leur faille des points de repère pour savoir quand c'est : anniversaires, noël, nouvelle année. La fête des mères en pointillé parce qu'il faut quand même célébrer la reproduction de l'espèce. Même si c'est une espèce qui progresse si lentement...
Tout ceci me laisse fort dubitatif.]
27.12.08
Crédit immobilier : chiffres et philosophie
J'ai rendez-vous à la banque cette semaine, il survient suite à la fin de mon livret jeune, c'est mon premier rendez-vous sérieux. Au début je me suis dit que j'allais esquiver ce rendez-vous étant donné que je vais simplement transférer l'argent sur un autre livret. Sauf qu'évidemment la banque voudrait profiter de cette échéance pour me proposer différentes choses. C'est bien pour ça que je voulais l'esquiver d'ailleurs, et c'est bien pour ça qu'au téléphone ils ont insisté, même si c'était de manière subtile.
On sait bien que ceux qui s'en sortent le mieux dans ce pays ce sont les banques, les compagnies d'assurance et les agences immobilières. Quand un magasin disparaît il est souvent remplacé par l'une des ces 3 agences. J'en ai eu une explication flagrante il y a quelques années, épisode qui vaut d'être relaté ici.
Je venais de me faire voler un ordinateur portable et un autoradio dans la voiture. La compagnie d'assurance indique que ce n'est pas pris en charge dans le contrat souscrit par mes parents, j'insiste et demande un rendez-vous, que j'obtiens. Une fois sur place ça a été terrible. Je commence à négocier en disant que cela fait 15 ans qu'on est dans cette compagnie, que tout n'était pas clair au moment de la signature du contrat, qu'ils pourraient faire un geste, etc. J'avais tous les arguments et il m'aurait vraiment semblé logique qu'ils fassent un minimum. Mais en une minute tout a été balayé, s'appuyant sur le simple fait que le contrat ne couvrait pas ce vol, et ensuite la situation s'est même inversée puisque l'agent, voyant mon âge, commence à me demander si je ne projette pas bientôt de louer un appartement, d'acheter une voiture, et que surtout si c'est le cas je commence à lui en parler en prévision de la future assurance de ces biens ! Vraiment le piège qui se referme ! Sur le coup j'ai été trop surpris par le processus pour m'en dépêtrer, ce n'est qu'après que j'ai pu l'analyser et me rendre compte de tout son vice, du total manque de considération pour les êtres humains, du règne de l'argent. Ce jour-là j'ai compris pourquoi les compagnies d'assurance étaient toutes riches.
Fort de cette expérience mon attitude envers ces organismes est maintenant ultraméfiante, j'irai à ce rendez-vous en connaissance de cause car j'imagine bien qu'il y ressemblera. Et je vais maintenant même prendre un malin plaisir à inverser la situation, à leur montrer leur vice en flagrant délit si on peut dire, à les mettre devant leurs méthodes, etc.
J'avais déjà prévu de faire quelque chose de semblable lorsqu'un fournisseur de téléphonie mobile m'avait appelé à dix reprises dans la même journée pour me démarcher, j'avais dans l'idée de retourner la situation et de demander à la jeune opératrice si elle avait conscience de ce qu'elle faisait, dans le contexte économique actuel, si elle ne pensait pas qu'il valait mieux faire n'importe quoi d'autre pour gagner un peu d'argent, si elle avait la moindre idée des bénéfices mirobolants que se font l'entreprise qui la mandate et ses actionnaires, notamment grâce aux actions qu'elle entreprend actuellement, payée un salaire de misère. Le démarché qui pose les questions et l'opératrice qui doit répondre. Hélas à partir du moment où j'avais bouclé mon argumentaire ils n'ont plus rappelé. Je le garde sous le coude...
Depuis qu'un collègue m'a montré rapidement la ruine que représentait un emprunt à long terme pour l'achat d'un appartement, j'ai dans l'idée d'appeler un banquier pour lui mettre cette honte, dont il est parfaitement au courant, sous les yeux, et lui demander s'il trouve ça normal. Ce jour-là d'ailleurs j'ai mieux compris pourquoi les banques (ou autres organismes de crédits) étaient toutes riches. Une idée subsidiaire est d'enregistrer la conversation.
Mais finalement ce rendez-vous avec une conseillère va être l'occasion de cette petite confrontation. Je vais entamer une discussion sur un emprunt éventuel en vue d'un achat immobilier. Si elle connaît son travail elle sera trop ravi que je m'aventure sur ce terrain et là on risque de commencer à rigoler.
Faisons simple. Imaginons que je veuille acquérir un appartement à 110 000 €, avec un apport de 15 000 €. Le taux du crédit sera environ de 5%. Si on part sur environ 600 € par mois à rembourser, cela donne environ une durée d'emprunt de 22 ans. Disons un emprunt sur 20 ans, ce qui donne des mensualités de 627 €. Avez-vous une idée de combien aura coûté le crédit ? C'est-à-dire combien d'intérêts vous aurez versé à la banque pour avoir le droit qu'elle vous prête 95 000 € ? Réponse : 55 480 €. Je l'écris en français : on a donné 55 480 euros à la banque pour qu'elle nous prête 95 000 euros. C'est comme si l'appartement avait coûté 1,5 fois son prix : 165 480 €. Le pire dans cette histoire c'est peut-être la différence entre les riches et les pauvres, les riches pouvant faire des apports beaucoup plus importants et rembourser plus par mois, le coût du crédit pour eux peut s'avérer 2, 3, 4 fois moindre. Là on comprend un peu mieux pourquoi le fossé se creuse sans cesse.
Bref, je vais demander à ma conseillère si elle trouve normal de devoir payer plus de la moitié de la somme qu'on souhaite emprunter pour pouvoir l'emprunter. C'est vrai que le taux est de 5% par an mais au bout de 15, 20 ou 25 ans, c'est comme si on avait contracté un emprunt sur un an à 40, 50 ou 60 % ! Et les gens acceptent cela ! La société accepte cela ! A moins qu'elle ne soit pas au courant. Ou à moins qu'elle n'ait pas le choix. Le débat va rapidement venir sur la société, comptez sur moi. Je vais dévier sur l'intérêt d'acheter un appartement. Quel intérêt ? Ne plus payer de loyer au bout de 20-25 ans et posséder un bien qu'on peut vendre ou dont les enfants hériteront. Voyons les inconvénients : assignation géographique, coût du crédit, questions en cas de divorce.
Poursuite de l'étude et conclusions
Comparaison entre un achat (emprunt sur 20 ans, exemple précité) et une location (400€/mois).
Après 20 ans
Achat : coût 165 000 Epargne 0 + bien
Location : coût 96 000 Epargne 54 000 (225/mois)
Après 30 ans
Achat : Epargne 75 000 + bien
Location : Epargne 81 000
Après 40 ans
Achat : Epargne 150 000* + bien *sauf si retraite entamée
Location : coût 192 000 Epargne 108 000*
Après 50 ans
Achat : coût 165 000
Location : coût 240 000
Je viens de faire les calculs et je dois dire que j'étais prêt à démontrer le manque d'intérêt de l'achat mais en fait pour des personnes normales c'est financièrement intéressant, à partir de 25-30 ans après le début de l'emprunt cependant. Quelqu'un qui se contente de louer aura mis plus d'argent de côté pendant 20-25 ans (sans tenir compte du bien vendable). C'est donc vraiment une vision à long terme qui est nécessaire ici. Nous y arrivons... Comment demander une vision sur 30 ans à des personnes qui ont une trentaine d'années, qui n'ont pas la sécurité de l'emploi ni la sécurité du couple ? Et qui en plus savent qu'ils vont engraisser la banque ?
Le contexte économique est difficile et incertain, et il semblerait que ça va durer. C'est amusant car si on regarde le passé, avec la crise précédent la seconde guerre mondiale, puis les 30 glorieuses, on peut se dire que ça va ça vient, mais pourtant aujourd'hui c'est comme si on savait que ça va rester difficile, on ne voit pas d'où pourrait venir un mystérieux salut qui relancerait tout. On entend parfois dire sous forme de boutade "il faudrait une bonne guerre et ça repartirait", et finalement c'est ça, à part ça qui n'est évidemment ni souhaitable ni provocable, on voit mal un changement majeur survenir.
Le contexte matrimonial est difficile. Les personnes mariées représentent environ 50% de la population de plus de 15 ans. Entre 40 et 50% des mariages se terminent par un divorce (source Insee). L'incertitude de la durée et de l'issue du mariage représente probablement un frein à l'achat.
Dans ces deux contextes difficiles, s'assigner un lieu géographique "à vie" (bien qu'on puisse toujours vendre puis racheter, je ne sais pas s'il existe des statistiques sur le sujet) ou en tout cas durant la durée de remboursement de l'emprunt peut sembler risqué ou délicat.
Un élément clef en terme de motivation pour l'achat d'un bien immobilier est que cela sert à mieux profiter de la retraite. D'un point de vue individuel c'est probablement la motivation principale.
L'autre élément important serait l'héritage des enfants. Ah nous y revoilà, sacro-saints-enfants !
Des gens sont donc prêts à engraisser des banques, notamment, pour un peu de confort supplémentaire à leurs enfants, voire leurs proches, ainsi qu'une retraite plus confortable.
A propos des retraites d'ailleurs, ne répète-t-on pas qu'on n'aura pas de retraites ? Dans ce contexte j'imagine que c'est un argument supplémentaire pour pousser à l'achat, car si la retraite est déjà difficile mieux vaut ne pas en plus avoir à payer un loyer ! Vu sous cet angle c'est sûr... Mieux vaut aussi avoir pu épargner un peu plus. Bien qu'on se rende compte dans le petit tableau susmentionné que la différence n'est pas énorme, la retraite survenant plus ou moins entre 30 et 40 ans après le début de l'emprunt. La différence principale réside donc dans la possession de ce bien. Concrètement à quoi cela correspond-il ??
Le dernier point à soulever est bien entendu l'importance de l'argent, même si c'est un autre débat. Quand on se pose cette question majeure de l'achat, on présuppose déjà qu'on accorde une certaine importance à l'argent.
[Édit: Reparlons des banques. Ce n'est pas que sur les crédits immobiliers qu'ils gagnent de l'argent, c'est sur tous les crédits tout court.
Un argument pour expliquer cela serait "mais les gens ne peuvent pas réaliser leurs projets sans nous, si nous ne leur avançons pas l'argent". Terrible argument ! En effet il s'agit donc d'une gigantesque prise d'otage ! Les gens sont forcés de souscrire aux taux qu'on leur impose, ils n'ont pas le choix. C'est une des raisons qui expliquent que ça ne choque pas plus que ça qu'un crédit sur 20 ans coûte autant : pas le choix !!
Lors des crédits immobiliers, les banques se font de l'argent sur le dos de l'enfermement des gens, puisqu'acheter un appartement ou une maison c'est s'enfermer géographiquement. Les gens aiment historiquement beaucoup s'enfermer : par la propriété, par le travail, par la famille. Enfin, de nos jours, ils commencent à comprendre la valeur de la liberté et ils s'enferment moins : ils déménagent de plus en plus, divorcent (et se remarient) de plus en plus, changent de plus en plus de travail (bien qu'ils n'aient pas toujours le choix), etc.
Les gens ne se sont pas assez placés des 2 côtés pour accepter une telle relation déséquilibrée avec les banques. Rendons-nous compte qu'un simple crédit immobilier sur un appartement moyen rapporte sur 20 ans autour de 75 000 euros à la banque. Combien les gens réussissent-ils à épargner en moyenne en 20 ans ? J'ai l'impression que ça se joue dans ces eaux-là, que ça serait même plutôt bien... Sauf qu'évidemment une banque souscrit de nombreux crédits immobiliers, et crédits tout court, d'où leur monstrueuse plus value.
On me parlera des intérêts de l'épargne, l'argent fructifiant annuellement, une bonne chose non ? Hum, parlons des taux. Citons aussi le fait que les gens doivent parfois utiliser une partie de l'argent épargné pour des achats nécessaires, ou facultatifs. ]
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