17.6.10

Inadéquation et transitions

On craint parfois que tout ce sur quoi on s'est construit soit du vide ou puisse s'écrouler. Mais lorsque cela a été maintes fois analysé, remis en question, disséqué, lorsqu'on a creusé régulièrement la connaissance de soi, au final cela doit ressembler à quelque chose et ne pas être en mesure de s'effondrer ainsi.

La période actuelle me ramène à mon inadéquation avec le monde. Tout y converge. 2 ou 3 cycles s'étalant sur une période de 6 ans l'avaient mise - un peu - entre parenthèses. Durant ce temps j'ai l'impression d'avoir progressé. Mais je n'ai pas fondamentalement changé, j'ai souffert régulièrement, et ce que j'ai vécu a dans l'ensemble confirmé ce que je pensais, à savoir que je ne suis pas vraiment fait pour interagir avec le monde. Bien sûr des subterfuges, des diversions, des illusions, sont toujours possibles, et peuvent même durer un peu. Peuvent même ne pas être scandaleux. Mais comme je l'ai déjà écrit à maintes reprises, la réalité finit toujours par nous rattraper. Me rattraper en l'occurrence.

Les emballages, les bouteilles, les déchets, la poussière, ne cessent de s'accumuler dans mon appartement, certains depuis des jours, d'autres des semaines, d'autres des mois. Il est très facile pour quelqu'un qui pratique assidûment la procrastination de reporter son éternel projet de grand nettoyage, presque à l'infini. Seuls de petits nettoyages, minimum syndicaux, viennent faire surnager l'ensemble.
Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a un lien entre cette situation et mes difficultés existentielles. Non pas bien sûr que la première entraînerait les secondes - c'est risible - mais bien le contraire. Comment trouver un intérêt à tout nettoyer lorsqu'on ne trouve pas un intérêt suffisant à vivre ? Comment trouver de l'énergie et de l'envie pour cela lorsqu'on en manque déjà pour l'essentiel ?

Cela fait quelques temps que je voudrais évoquer ce qui lie les activités, ces petits éléments quotidiens, routiniers, nécessaires, qui relient entre elles nos activités principales. Prendre le petit déjeuner, se préparer à sortir, faire un trajet en voiture ou en transport en commun, croiser une connaissance, déjeuner, recevoir un coup de fil, relever son courrier, faire les courses, dîner, etc. Surtout je voulais montrer à quel point je les percevais différemment d'autrui en moyenne. Lorsque tout ceci peut dans l'ensemble être considéré par les autres comme positif, plaisant, ou au pire routinier, de mon côté routinier est, sauf rares exceptions, la meilleure appréciation que je puisse leur accorder, passant parfois même au second plan derrière ennuyeux, lassants voire désagréables.
Alors on se dit que comme ce sont de petits éléments, ça n'est pas très important... Faux ! Au final cela peut mener à de grandes différences. Lorsqu'ils sont globalement perçus de manière positive, ils peuvent aider la personne à surmonter des activités principales ennuyeuses ou déplaisantes. Dans mon cas, puisqu'ils sont globalement perçus négativement, c'est le contraire : il devient nécessaire que mes activités principales me motivent et me plaisent. Cela contribue à mon inadéquation globale. J'y reviendrai probablement à l'avenir.