Pourquoi diable y aurait-il une différence entre ce qu'on pense d'une personne vivante et ce qu'on en pense une fois qu'elle n'est plus ?
Les gens ont systématiquement tendance à se concentrer sur les qualités du défunt. Pourquoi ? Parce que la mort est déjà assez triste comme ça pour ne pas en plus évoquer des défauts ? Désolé mais il faut un peu assumer. Un con vivant est un con, un con mort reste un con.
Serait-ce comme une sorte de confession ? Du style "oui de son vivant je le haïssais purement et simplement mais j'avoue qu'il avait un petit côté attachant". Evidemment qu'aucun être ne peut être totalement mauvais, ce n'est pas une raison pour se concentrer sur les rares facettes qui ne l'étaient pas au moment où un être exécrable rend l'âme.
Est-ce la faute aux sentiments ? Je le crains. Je suis désolé mais lucidité de son vivant il faut avoir, lucidité après sa mort aussi. Et si c'est plutôt "bon débarras", il faut aussi l'assumer.
Est-ce la faute aux religions ? Pardonnez ses pêchés, tout ça ? Contrairement à ce que la religion aime nous faire croire, certaines choses sont impardonnables et n'ont pas à être pardonnées.
Il n'y a aucune raison de pardonner à un mort. D'autant qu'il n'est plus là pour le voir. La vie après la mort tout ça ? Pff.
Par pitié, assumez et restez lucide.
Et dédramatisez la mort, aussi. La vie n'a tout de même pas une valeur si grande qu'il faille à ce point dramatiser la mort. Et puis à quoi cela sert de dramatiser d'abord ?
1 commentaire:
J'avais plus ou moins les mêmes idées que toi pour expliquer ce comportement (et le même avis d'ailleurs) mais je suis allée faire quelques recherches rapides dans des encyclopédies, en cherchant "éloge funèbre" (l'éloge des funérailles non religieuses) et "oraison funèbre" (éloge des funérailles religieuses), car j'ai supposé qu'il y avait un lien entre les éloges prononcées lors des enterrements et le comportement des gens à l'annonce d'un décès (ça paraît évident n'est-ce pas).
Et bien ça vient de très très loin, des sociétés antiques, de Grèce, d'Egypte, et des civilisations païennes. La cause première n'est pas liée à la religion mais elle est affaire de sentiments. Il s'agit d'abord de partager la douleur du défunt afin de l'aider à faire le deuil (on compatit à ta douleur, c'était quelqu'un de bien, on est tous là pour t'aider à la surmonter, on souffre avec toi etc.). Il y a également - en particulier dans l'Antiquité - une forte raison politique : c'est un citoyen, il appartient à notre peuple et on le glorifie car notre peuple est glorieux et notre Ville perd l'un de ses citoyens (les esclaves, et ceux qui n'étaient pas citoyens - les femmes y compris donc - n'avaient pas droit à une éloge funèbre). Plus le défunt a fait pour sa ville (politique, philosophie, art...), plus l'éloge sera longue et appuyée. Pour le judaïsme, l'idée est assez proche, on glorifie le juif parce qu'il fait partie du Peuple de Dieu, et tout le peuple est uni dans la douleur face à sa mort. L'oraison funèbre des chrétiens a des origines similaires, auxquels s'ajoute le besoin de s'adresser à Dieu : regarde comme nous souffrons, prends en compte ses qualités, accepte-le au paradis (là encore certaines personnes n'y avaient pas droit encore récemment, ceux qui étaient morts en se suicidant - donc en s'octroyant le droit de mort qui n'appartient qu'à Dieu - par exemple, c'est bien connu). Cependant, j'ai l'impression que ce qui domine dans l'histoire des éloges et oraisons funèbres, ce n'est pas tant la glorification de la vie ou la dramatisation de la mort que le besoin d'aider les proches endeuillés à supporter la perte d'une part, et la mémoire à transmettre aux générations suivantes (souviens-toi de tout ce qu'il a fait de bien dans sa vie et raconte-le aux générations suivantes afin qu'elles soient fière de leur ancêtre, de leur nom, de leur pays, de leur religion, etc.)
Enregistrer un commentaire