Comment peut-on encore s'étonner de l'accroissement des inégalités ? Le système économique tout entier contient tous les vices pour cela. A commencer par l'une des bases du système : les intérêts bancaires. Ceux-ci sont proportionnels aux sommes. Ainsi ceux qui ont beaucoup d'argent en banque voient cet argent augmenter tout seul de manière sensible tandis que ceux qui en ont peu ne voient que de petites augmentations.
Oh on peut dire que j'énonce là des évidences, tout le monde sait cela. Oui mais de nos jours les gens savent beaucoup plus de choses qu'il y a quelques siècles, même qu'il y a quelques décennies, mais ça ne suffit pas forcément. En effet savoir des choses isolées ne suffit pas à les voir dans leur ensemble et à avoir une vue globale. C'est une chose difficile et souvent les gens ne s'en rendent pas compte. Ils ont l'impression de savoir parce qu'ils savent comment fonctionnent les choses isolément mais c'est d'un intérêt limité si on ne comprend pas comment elles s'agencent entre elles et fonctionnent dans le système global.
Ce que je veux pointer ici c'est que l'un des fondements du système économique est l'un des fondements de l'accroissement - dramatique - des inégalités. Et je veux attirer l'attention sur ce point car on entend trop souvent des personnes dire que "les banques ne sont pas responsables des problèmes" ou encore que "le capitalisme n'est pas responsable de l'accroissement des inégalités", bêtise sans nom s'il en est.
Pour revenir aux intérêts il est important de prendre conscience de la puissance du phénomène. Notamment parce qu'il fonctionne dans les deux sens : ceux qui épargnent plus touchent plus, certes, mais il y a aussi l'autre côté : ceux qui mettent plus longtemps à rembourser paient d'autant plus cher en intérêts.
Ce n'est pas plus étonnant que cela car le capitalisme et le système bancaire ont érigé l'argent en toute première valeur, c'est néanmoins catastrophique. La notion de valeur est essentielle... Il faut s'en rendre compte, il faut voir à la fois les choses positives et les choses négatives. Et il ne suffit pas de dire "qu'est-ce que vous proposez à la place" pour, en l'absence de réponse satisfaisante, en conclure que nous devons en rester là où nous en sommes, c'est une erreur fréquente et insupportable ! Mettre le changement de tout le système sur le même plan que des aménagements au système existant est une hérésie.
Qui souhaite que les inégalités augmentent ? Personne ne l'affirme, même si certains le pensent peut-être. Mais il faut sans cesse se poser la question en terme de progression globale de la société, de l'humanité. Donc : pour la progression globale est-il souhaitable que les inégalités augmentent ? La réponse semble évidente.
Donc, au risque de faire hurler les économistes (ça ne serait pas très grave !), si on veut réduire les inégalités il faudrait inverser le système des intérêts :
- les intérêts seraient d'autant plus élevés que les sommes sont petites
- les intérêts seraient d'autant moins élevés que les sommes sont grandes
- pour les emprunts les intérêts à rembourser doivent s'adapter aux revenus
(concernant les emprunts, rappelons que le prix Nobel de la paix 2006 est Muhammad Yunus du Bangladesh, considéré comme l'inventeur du microcrédit, idée qu'il a eue en 1974)
Je verrais bien des intérêts à 10-15% pour ceux qui ont moins de 2000 € sur leur compte, intérêts qui baissent ensuite de 5 à 10% par exemple pour les sommes de 2000 à 5000, puis de 3 à 5 jusqu'à 15 000, puis 2 jusqu'à 100 000 puis 1 au dessus. Par exemple, pour donner une idée. Évidemment il conviendrait de s'assurer que personne ne tente de contourner le système en abritant de grosses sommes sur d'autres comptes, etc.
Cela ferait s'écrouler le système ? A voir ! Ça ne serait pas très grave de le faire s'écrouler et de recommencer à zéro d'ailleurs... Cela diminuerait les bénéfices des banques ? Oh quelle chose grave...
Cela pousserait surtout à mener une grande réflexion sur la place de l'argent, sur la place qu'on aimerait qu'elle ait pour une société souhaitable et équitable, sur les inégalités et les failles béantes du système actuel.
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