C'est le matin, je suis allongé dans mon lit, hésitant à me lever. Hésitant à me lever pour vivre, pour exister. Et, terriblement exaspérants, et désespérants, j'entends deux bruits parasites. Hautement parasites. Nuisibles.
L'un est le bruit des travaux d'un appartement adjacent. Je ne sais pas exactement lequel, ce n'est pas important. Bruit de perceuse. Bruits de bricolage. Je ne supporte pas. Parce que c'est une nuisance sonore désagréable, mais aussi parce que je ne comprends pas pourquoi les gens font sans cesse des travaux. Sans cesse. Je ne comprends pas. Dans leur appartement, dans leur maison, dans leur jardin, dans leur ville, dans leurs rues, dans leurs parcs, partout, tout le temps. Essaient-ils de tromper l'ennui ? Et les politiques ? Pourquoi tout le temps des travaux partout dans les villes ? A un moment si tu as eu la bonne conception d'une rue, d'une place, d'un endroit, tu cesses de la modifier profondément et tu laisses en l'état pendant plusieurs décennies. Ou au moins plusieurs années, bon sang. Donc quoi, c'est parce que les conceptions sont débiles ? Donc on refait. Puis quelques années plus tard, oh, on se rend compte que la deuxième conception était débile elle aussi, donc on refait ? Puis on refait, on refait, on refait. A l'infini. N'est-ce pas le comble de l'idiotie et de l'inutilité ? Cela dit peut-être qu'en plus, plusieurs de ces actions sont le fruit de la corruption, des petits arrangements entre amis, des attributions illégales de marchés publics ?
Le deuxième, des voix d'une violente dispute. Pendant au moins vingt minutes. Se crier dessus, l'une des activités favorites des êtres humains, cette espèce ridicule. Je ne comprends pas cette violence. J'imagine qu'elle est le fruit d'une frustration, d'un désespoir, d'une souffrance. Cela dit je suis particulièrement frustré, désespéré et souffrant, mais je ne hurle pas sur mon prochain. Pourtant je ne crois pas avoir de technique particulière pour évacuer ces maux. Peut-être que je ne les évacue pas et que simplement ils me broient. Et que je ferais finalement mieux de trouver quelqu'un sur qui hurler ou, qui sait, sur qui taper.
Dans le monde les gens font ça. Ils font des travaux. Ils se hurlent dessus. Ils se tapent dessus. Ils en semblent très contents. Très contents d'eux. Très contents de l'état du monde. Est-ce donc cela, vivre, exister ? Cette civilisation n'est-elle pas un ramassis d'idiots inconscients ?