Il faut tout de même que je décrive la scène surréaliste de l'autre soir. Le bus est à 100 mètres, les dernières personnes sont en train de monter. C'est le bus que je dois prendre et le suivant est seulement dans quinze minutes donc je serais forcément bien content de l'avoir. Mais je n'esquisse aucun geste. Une personne me double, une dame plutôt âgée je crois, qui a des difficultés à se mouvoir, mais elle veut avoir le bus alors elle lutte, elle claudique, elle s'arrache et finalement elle arrive à temps. De mon côté je n'ai toujours pas bougé, je me suis résigné en quelques sortes. J'aurais pu lui emboiter le pas hein, je l'aurais fatalement eu. Mais non. Et quelque part ça m'a choqué. Je me demande si ça aurait un rapport avec cette histoire de "c'est une attitude négative d'être pressé", ou encore si ça a un rapport avec ma phobie de la foule au sens où courir pour finalement me retrouver dans cette situation (chose que je fais presque tous les jours, on est bien d'accord) me semblerait un non-sens.
Ca fait revenir sur cet éternel mal être en présence des autres, sur cet éternel poids du regard des autres. L'autre jour également j'ai abandonné l'idée de prendre le tramway quand j'ai vu qu'il y avait autant de monde.
Et finalement on peut trouver tout un tas de petites choses comme celles-ci qui ont tendance à remettre en question le fait que je vive. Il y a le fait que je n'achète jamais rien, déjà évoqué je suppose, mais ça en devient grave au sens où même ce que j'aurais objectivement besoin. Je ne fais pas la démarche, parfois je connais à peine la démarche ou je ne veux pas en entendre parler. Il y a cette quasi absence de potentialité de couple. Il y a ces horaires complètement décalés, il y a ces contenus de repas si inconsistants, etc.
Mais en fait, c'est juste que je ne vis pas au sens où les gens l'entendent habituellement. Si j'existe comme j'osais le prétendre ou l'espérer, c'est selon ma définition. Et toutes ces choses qui peuvent donner l'impression que je ne sais pas vivre, c'est aussi ce qui me différencie des autres, c'est aussi ce que je cultive.
Pour le poids du regard des autres, qu'on peut associer à mes difficultés à supporter les conversations de base des autres, c'est un peu différent car c'est quand même quelque chose qui est lourd à porter et qui est néfaste. Le reste ce n'est pas si sûr.