Tout de même un peu de volupté en ce bas monde. Ce n'est pas ce que je disais ce matin en me faisant réveiller par les travaux adjacents, ni à midi en cherchant vainement dans un frigo dévasté ce que j'allais bien pouvoir avaler avant d'aller bosser. Mais ce soir j'ai enfin eu l'impression d'être en vacances alors que dans les faits c'est déjà le cas depuis quelques temps. Une impression qui correspond plus ou moins à la réalité : ça a un côté rassurant.
L'élément est complexe. Quand je bosse je suis relativement débordé, un peu partout en même temps et en quelque sorte toujours en alerte. A un moment donné, après quelques semaines par exemple, j'éprouve un besoin d'arrêter. Parfois c'est possible, parfois non. Généralement à l'approche de l'été, les choses commencent à se calmer. On pourrait supposer que je vais profiter pleinement du retour de la tranquillité mais c'est là que les choses se compliquent. D'un côté j'en ai besoin et parfois j'arrive à savourer, mais d'un autre dès que je n'ai plus assez de choses à faire je retombe dans la situation dans laquelle j'étais quand je n'avais aucune activité, situation que j'arrive à gérer pour moitié en m'occupant et qui est délicate pour moitié puisque toutes les questions, les remises en cause du monde environnant, de mes motivations, ma surlucidité, etc, reviennent. Ça ressemble un peu à une double personnalité. Je ne renie aucune des deux. Je crois que j'ai même besoin de la seconde. Besoin de quelque chose qui par le passé m'a poussé à l'autodestruction, curieuse affirmation, mais c'est ainsi. A la limite je me sens plus proche du vrai moi lorsque je suis comme ceci asocial, que je reste 12h par jour devant l'écran sans voir la lumière du jour - à faire diverses choses sans que ça soit vraiment abrutissant, je précise -, que je me sens étranger au monde extérieur, que j'analyse mes perceptions et rédige quelques textes. J'ai réellement besoin de ces moments de liberté avec un minimum de contraintes où en quelque sorte je me détache du monde, retournant par la même occasion à mon essence si j'ose dire. Besoin c'est peu de le dire même si je me rends compte qu'il n'y a pas grand chose au dessus de ce terme.
J'avoue que près de 2 semaines de tournois sans contrainte m'ont rappelé les étés d'il y a quelques années : la passion pratiquement sans rien d'autre à penser, surtout se concentrer sur savourer. De ce côté là c'était vraiment bon. Maintenant on ne pourra pas faire taire cette petite voix, qui a raison elle aussi, qui indique que ce n'est pas forcément suffisant. On ressent tout de même l'usure, on ressent que ça ne durera pas des années et des années ou plutôt que l'intensité baisse forcément avec le temps, comme elle a d'ailleurs baissé depuis quelques années. Et on revient évidemment sur la question de la lassitude et la recherche d'un nouvel élan quelque part. Je sens que l'auto-analyse est bonne, bien que le problème des solutions soit toujours le même, exactement comme quelques années en arrière.