6.6.08

Affect

J'étais encore devant Ce soir ou jamais hier et je persiste à dire que ceux qui ne sauront pas comment occuper leurs vacances (ou autres) peuvent passer du temps à visionner les émissions précédentes sur le net. Evidemment pas toutes en entier mais plutôt selon que les sujets les intéressent, et ça ne sera pas du temps perdu.
Hier donc, ça parlait du cerveau et de tout ce qui est lié, autrement dit forcément presque tout. De l'expérience de Milgram, des rêves, de l'hypnose, des transes, de l'inconscient, du fameux rapport entre le cerveau et l'affect, le mental, les émotions. Entre autres.
A un moment donné le débat s'est porté sur les êtres marginaux intelligents, parfois rejetés de la société, sur l'importance de faire partager son intelligence avec d'autres. Il fut dit que l'intelligence n'est pas grand chose si elle reste dans son coin, à ce sujet il fut évoqué le formidable outil qu'est Internet pour créer des collectifs qui associent les intelligences des membres. Ces derniers éléments m'ont bien sûr replongé dans ma connaissance de soi puisqu'on est vraiment pas loin de toucher du doigt le point vital. Etre intelligent ne rend pas un être heureux s'il ne partage pas cette intelligence avec d'autres êtres. Deux choses me viennent tout de suite simultanément quand j'écris cette phrase : 1) ça me choque d'écrire ça, 2) je connais cette problématique par coeur. En effet on revient sur l'élément fondamental : le besoin des autres, qu'il y ait difficultés à les supporter ou non.

Parce qu'on peut parler du jeu d'échecs. Cinquante ans plus tôt, on ne pouvait encore pas vraiment jouer sans partenaire. C'est à moitié faux au sens où depuis déjà plus d'un siècle, quantité de joueurs étudient le jeu seul à l'aide de livres, étudient les parties des champions, cherchent à résoudre des problèmes, etc. Mais à moitié vrai au sens où jouer reste essentiel et on revient à la question d'un partenaire. Maintenant il existe les ordinateurs. Maintenant on peut jouer seul contre lui et il est du niveau des meilleurs joueurs mondiaux. Il n'empêche que c'est vite lassant. Le lien social créé dans les tournois semble irremplaçable. Il est amusant de noter que je disais que ce que je préfère c'est les moments de jeu où il n'y a aucune parole et que je me sentais à nouveau mal dès que ça se terminait. Mon obsession de ne pas supporter les paroles d'autrui entre en compte bien sûr, il n'empêche que même sans qu'ils parlent, la seule présence d'autres êtres est un élement positif. De plus, maintenant je sais aussi apprécier une analyse postmortem, ce que j'ai d'ailleurs je crois toujours su. La seule chose c'est que tout doit rester centré sur le jeu. Je parle à moitié au passé et à moitié au présent.
N.B. Il y a aussi le jeu par internet, intermédiaire entre le jeu réel et le jeu seul.

Parce qu'on peut parler du scrabble. Avant l'arrivée des ordinateur, pratiquement impossible de jouer seul. Maintenant on peut passer des centaines d'heures à s'entraîner seul, aussi bien en ce qui concerne l'apprentissage de nouveaux mots que la technique de jeu sur la grille (je parle du duplicate). Et il y a aussi cet intermédiaire qu'est le serveur internet pour jouer avec d'autres personnes à distance. On peut passer des mois voire des années sans franchir la porte d'un club tout en étant assez content et assez stimulé intellectuellement. Il n'empêche qu'à un moment donné je suppose que ça va toujours en revenir au même : le besoin d'aller partager la passion de manière sociale. Disons, social prend un nouveau sens avec Internet, et c'est drôle mais je ne sais pas s'il existe un vrai qualificatif pour dire "en face en face", "dans la vraie vie". Je crois que les anglophones utilisent IRL (in real life) sur le net, ce qui n'est pas idéal sur le plan littéraire ! Bref et donc il y a je crois un besoin à un moment donné de partager les centaines d'heures d'entraînement, la passion, dans un "vrai" contexte.

L'autre fois, suite à quelques jours très chargés, contenant à la fois des événements échiquéens et scrabblesques, je me disais justement que j'avais une sorte de double vie. Et qu'il avait au moins fallu ça pour que j'atteigne une sorte d'équilibre. Je le vois quand mon activité diminue, je recommence à trop penser, donc à voir tous les défauts, à critiquer dans mon coin, à avoir des doutes, à perdre de l'intérêt, etc. Si je fais tout le temps quelque chose alors ça peut aller. A condition évidemment que j'y trouve de l'intérêt.