Bien.
Il est certain que la note précédente est le fruit de la part de tristesse, de mélancolie, d'idéalisme. Le résultat est dur, mais sans doute plus proche de la réalité que si une part rêveuse s'était exprimée. Je suis relativement convaincu de toute façon que les analyses objectives de la réalité mènent plus souvent à des tableaux noirs ou peu reluisants que le contraire. L'humain est finalement un rêveur plein d'espoirs, et c'est heureux pour lui car sinon la réalité serait trop hostile. L'humain oui, moi non, ou tellement moins.
Quand tu t'aperçois à douze ans que tu n'as pas le gène de l'espoir, et que tu commences à sentir poindre l'hostilité de la réalité, il est naturel d'envisager le suicide. Refaire un point quinze ans plus tard, cinq-cent points plus tard, et retomber sur une conclusion similaire bien que des parenthèses passionnées anesthésiantes soient passées par là, et évidemment bien que l'analyse soit autrement plus complète et s'appuyant sur quinze ans de vécu supplémentaires, n'a rien non plus de surprenant. Car les gènes n'apparaissent pas par miracle.
Bien sûr je peux essayer de tenir un discours optimiste. Ce mot étant forcément bémolisé avec force si on l'associe à moi. Mais le nombre de fois que j'ai essayé est très restreint, pour la bonne raison que cela va juste contre ma nature. Bien sûr je pourrais tenter de m'appuyer sur ce qui m'a fait avancer jusqu'ici - mais ai-je seulement avancé ? N'ai-je pas simplement traversé le temps ? -. J'imagine qu'il y a une part quelque part en moi qui est chargée d'entretenir un simulacre d'espoir - simulacre puisque le gène est absent -, pauvre part, je ne sais comment elle procède. J'imagine bien que je vais continuer à avancer - ou plutôt non, plutôt mettre un pied devant l'autre pour ne pas tomber parce qu'on perd l'équilibre vers l'avant. Je ne sais pas bien comment je vais faire pour supporter tout ce qu'il y a à supporter, probablement que je ferai juste comme j'ai fait jusque là, c'est-à-dire que je n'en ai aucune idée; la fatalité fera que ça continuera à fonctionner, parce que quand on y pense c'est quand même très difficile de rater de supporter des choses. L'illusion se poursuivra donc. Et puis un point, un énième, sera fait à un moment donné, et peut-être qu'au bout d'un moment le besoin de changement sera trop fort et des décisions seront prises. En attendant..., je ne sais pas..., tant pis.